La corrosion galvanique – Partie 2
La corrosion galvanique est un enjeu majeur en construction métallique, car elle peut compromettre la durabilité, la sécurité et le coût d’exploitation des ouvrages si elle n’est pas anticipée. Après la première partie qui détaillait le principe et les facteurs aggravants de la corrosion galvanique, cette deuxième partie traite des solutions pour éviter ce phénomène.
Recommandations de conception pour prévenir la corrosion galvanique
Il est essentiel, pour limiter les phénomènes de corrosion galvanique, de choisir des matériaux compatibles en privilégiant des métaux proches dans la série galvanique, voire le même métal au sein d’un même assemblage.
Lorsque des métaux différents doivent être associés, il convient de les isoler électriquement à l’aide de rondelles isolantes (en caoutchouc, téflon ou céramique), de manchons, de peintures ou de joints en polymère positionnés aux points de contact.

La conception doit également éviter les zones de rétention susceptibles de piéger l’eau et les polluants, en prévoyant par exemple des pentes, des trous d’évacuation et en limitant les interstices étroits.
Il est par ailleurs recommandé de minimiser les rapports cathode/anode défavorables en évitant de petites pièces anodiques en contact avec de grandes surfaces cathodiques.

Le choix des fixations doit être adapté, en utilisant des éléments de même nature que les pièces à assembler ou des métaux plus nobles, tels que des vis et boulons en acier inoxydable spécifiés pour l’environnement, ou encore des fixations isolées permettant de rompre le contact électrique. Voir en complément l’article du 6 juin 2022 « Résistance à la corrosion des fixations ».

Enfin, il est important de penser aux assemblages démontables en intégrant des protections permanentes, comme des rondelles isolantes ou des colliers, qui conservent leur efficacité même après plusieurs opérations de montage et de démontage.
Revêtements et traitements protecteurs (solutions passives)
Les revêtements (organique ou métallique) constituent un moyen efficace de limiter la corrosion galvanique.
Les revêtements organiques, tels que les peintures, permettent d’isoler électriquement l’assemblage en supprimant le contact direct entre les métaux ; toutefois, leur efficacité dans le temps dépend fortement d’une préparation de surface soignée et du choix d’un système de peinture adapté aux conditions d’exposition. Il est également essentiel que la couche de peinture soit continue et exempte de défauts, comme des blessures ou des arrachements, afin d’éviter tout contact métallique localisé.
Les revêtements métalliques (galvanisation et dérivés, métallisation…) offrent quant à eux une protection sacrificielle du fer ou de l’acier, mais nécessite une attention particulière lorsqu’ils sont associés à d’autres métaux en raison des interactions possibles.
Enfin, les traitements anodiques, notamment pour l’aluminium, contribuent à renforcer la passivation du matériau et à améliorer sa résistance à la corrosion.
Solutions actives de protection
La protection cathodique constitue une solution complémentaire pour prévenir la corrosion, en particulier dans les environnements sévères. Elle peut être assurée par des anodes sacrificielles en zinc, aluminium ou magnésium, choisies en fonction du milieu d’exposition, comme le milieu marin ou l’eau douce, et s’applique principalement aux structures immergées. Une autre approche repose sur la protection cathodique par courant imposé, mieux adaptée aux grandes structures enterrées ou submergées, mais qui nécessite une installation plus complexe ainsi qu’une maintenance et des contrôles réguliers pour garantir son efficacité. Dans les cas les plus critiques, il est parfois pertinent de recourir à des systèmes combinés associant revêtements de surface, anodes sacrificielles et isolation électrique, afin d’adapter le niveau de protection à la sensibilité de l’assemblage et aux contraintes de l’environnement.
Evaluation rapide du risque de corrosion galvanique
Avant la mise en œuvre ou lors de l’évaluation d’un assemblage, plusieurs points doivent impérativement être vérifiés afin de maîtriser le risque de corrosion galvanique :
- Il convient tout d’abord d’identifier précisément les métaux en contact ainsi que la nature de l’électrolyte présent dans l’environnement.
- Il est également nécessaire d’estimer le rapport entre les surfaces cathodiques et anodiques, ce paramètre ayant une influence directe sur la vitesse de corrosion.
- La présence éventuelle de chlorures ou d’autres polluants doit être contrôlée, car ils peuvent fortement aggraver les phénomènes corrosifs.
- En cas de combinaison jugée à risque, il est alors indispensable de prévoir des mesures adaptées telles qu’une isolation électrique et/ou un revêtement renforcé, tout en planifiant des inspections plus rapprochées afin d’assurer un suivi efficace dans le temps.
Des calculs précis de perte peuvent être réalisés pour estimer les pertes en mm/an.
Checklist pratique rapide pour la conception et la construction
- Sélectionner des matériaux compatibles.
- Prévoir une isolation électrique aux points de contact en cas de métaux différents.
- Concevoir la structure pour éviter les zones de rétention d’eau et faciliter le drainage, et pour permettre l’accès à l’entretien.
- Spécifier les revêtements conformes à l’environnement.
- Choisir des fixations adaptées.
- Mettre en place un plan d’inspection et de maintenance.
Conclusion
La corrosion galvanique est un problème courant dans le domaine de la construction métallique, car beaucoup de structures combinent différents métaux (acier, aluminium, zinc, acier inoxydable…). Mais ce phénomène est prévisible et contrôlable s’il est pris en compte dès la conception et pendant toute la durée de vie de l’ouvrage. Une approche systématique (choix des matériaux, conception anti‑retenue d’eau, isolation des contacts entre métaux, protections actives si nécessaire, et inspections régulières) réduit fortement les risques de corrosion et donc les coûts de réparation.
Références
RODIER A., Résistance à la corrosion des fixations, Métalétech, juin 2022.
Olivier Mouatt, directeur de projets matériaux et corrosion, CTICM