Dispositions constructives pour la mise en peinture anticorrosion
En construction métallique, la mise en peinture constitue une étape essentielle pour assurer la protection et la durabilité des ouvrages face aux agressions extérieures. Toutefois, l’efficacité d’un système de protection par peinture ne dépend pas uniquement de la performance des produits utilisés. Elle repose également sur les dispositions constructives adoptées dès la conception et la fabrication des éléments métalliques.
Conception des ouvrages
Ces dispositions constructives visent à garantir une préparation optimale des surfaces, à éviter les zones de rétention d’eau ou d’impuretés et les assemblages pouvant engendrer de la corrosion galvanique par la mise en contact des métaux de nature électrochimique différente et à permettre une application homogène du revêtement. Le respect de ces règles est donc fondamental pour assurer la longévité et la performance du système de protection anticorrosion.
Les normes NF EN ISO 12944-3 [1] qui traite de la conception et des dispositions constructives et NF EN ISO 8501-3 [2] qui traite des degrés de préparation des soudures, arêtes et autres zones d’imperfections sont les documents de référence auxquels il faut se référer.
Accessibilité des surfaces
La conception doit permettre un accès suffisant à toutes les surfaces afin de garantir :
- Une préparation correcte des supports,
- Une application homogène du système de peinture,
- Une inspection et une maintenance efficace.
Les zones confinées ou difficilement accessibles doivent être évitées. À défaut, elles doivent être conçues avec des ouvertures adaptées permettant le traitement.
Piège à eau et polluants
Les structures métalliques doivent être conçues de manière à éviter les configurations favorisant la rétention de liquide, de poussières et de polluants. Ces accumulations favorisent la corrosion localisée et réduisent considérablement la durée de vie du revêtement.
Il est recommandé de :
- Prévoir des pentes pour l’écoulement des liquides,
- Éviter les surfaces horizontales planes non drainées,
- Supprimer les cavités fermées ou prévoir des trous de drainage,
- Concevoir des assemblages ouverts plutôt que fermés.
Les profils ouverts ou inclinés sont généralement préférés aux formes fermées qui piègent l’humidité.

Conception des assemblages
Les assemblages jouent un rôle critique dans la protection anticorrosion. Les assemblages boulonnés ou soudés doivent être conçus de manière à limiter les zones de stagnation et à permettre une bonne couverture de peinture.
Assemblages soudés
Les soudures continues et étanches sont à privilégier dans les environnements corrosifs afin de limiter les infiltrations d’humidité et de polluants. Dans ces milieux les soudures intermittentes (discontinues) doivent être évitées.
Les cordons de soudure doivent être réguliers et sans cavités. Et les projections de soudure, laitier et autres défauts doivent être éliminés en fonction des degrés de préparation (voir tableau 1 de la norme NF EN ISO 8501-3 [2] dont un extrait un présenté ci-après).

Assemblages boulonnés
Les surfaces en contact doivent être protégées avant assemblage si elles deviennent inaccessibles.
Les interstices doivent être limités ou étanchés.
Les assemblages doivent être conçus afin d’éviter les zones de rétention d’eau et de polluant.
Traitement des arêtes et des angles
Les arêtes vives constituent des zones critiques pour la peinture. En effet, la peinture a tendance à s’y amincir, ce qui réduit l’épaisseur du film protecteur et favorise la corrosion.
Il est recommandé, selon le degré de préparation de la norme NF EN ISO 8501-3 [2] :
- d’ébavurer les angles coupants et saillants,
- d’éliminer les aspérités et irrégularités,
- d’arrondir les arêtes (rayon ≥ 2 mm recommandé).
Dans les environnements corrosifs, il sera nécessaire de réaliser un arrondi comme montré à la figure suivante (rayon ≥ 2 mm recommandé).
Ces dispositions permettent d’assurer une épaisseur de film de peinture suffisante et homogène.

Corps creux
Les structures creuses (tubes, caissons, profilés fermés) doivent faire l’objet d’une attention particulière. Sans ventilation ni drainage, ces éléments deviennent des zones propices à la corrosion interne.
Les éléments creux doivent préférentiellement être complètement fermés avec des cordons de soudure continus et étanches pour éviter les infiltrations et la corrosion à l’intérieur.
Dans le cas où il est impossible de rendre l’élément étanche, il est recommandé de :
- prévoir des trous de ventilation pour éviter la condensation ;
- installer des orifices de drainage pour évacuer l’eau ;
- dimensionner correctement ces ouvertures pour permettre également les traitements de surface (galvanisation, peinture interne) et les contrôles.
Degré de préparation des soudures, arêtes et autres zones d’imperfections
La norme NF EN ISO 8501-3 définit 3 degrés de préparation :
- P1 Exigence minimale,
- P2 Exigence intermédiaire,
- P3 Exigence élevée.
La norme donne des illustrations informatives pour chaque degré de préparation et pour les différents types d’imperfections.

Pour les structures en acier, la norme NF EN 1090-2 [3] indique dans le tableau 22 le degré de préparation à retenir selon la catégorie de corrosivité de la charpente métallique et la durée de vie prévue de la protection anticorrosion.

Ce tableau sera mis à jour dans la future version de la NF EN 1090-2 [3] pour tenir compte des nouvelles classes de durabilité : limitée, moyenne, haute et très haute définie dans la NF EN ISO 12944-1 [4].
Dans la version révisée du fascicule 56 [5], qui traite de la protection des ouvrages métalliques contre la corrosion, et qui doit sortir très prochainement, ii est précisé que ce sont les critères les plus favorables des dispositions constructives de la norme NF EN ISO 12944-3 [1] qui s’appliquent. De plus la mention suivante « Le traitement des arêtes vives et des imperfections superficielles est de la responsabilité du constructeur métallique » a été ajoutée. Cela signifie que c’est au charpentier métallique de procéder aux travaux de préparation de ces imperfections, avant la mise en peinture.
Conclusion
Les dispositions constructives en construction métallique avant mise en peinture sont encadrées par un ensemble cohérent de normes, principalement la NF EN ISO 12944-3 [1] et la NF EN ISO 8501-3 [2]. Leur respect permet d’optimiser la durabilité des systèmes anticorrosion et de réduire les coûts de maintenance.
Une conception adaptée, intégrant dès l’origine les contraintes de préparation, d’application et d’exploitation, constitue un facteur déterminant de performance de la protection anticorrosion et de la durabilité de la structure.
Le respect de ces dispositions repose sur une collaboration étroite entre les différents acteurs (concepteur, bureau d’étude, charpentier métallique, applicateur de peinture et protection anticorrosion…).
En intégrant ces exigences dès les premières phases du projet, il est possible d’optimiser les performances des systèmes de protection et de réduire les coûts de maintenance.
Ces dispositions constructives sont un des critères essentiels à la durabilité de la protection anticorrosion et de la structure métallique dans le temps comme le sont la préparation de la surface (nettoyage, dégraissage, décapage…), le choix du système de peinture et le respect des règles d’application.
Références
[1] NF EN ISO 12944-3 : Peintures et vernis – Anticorrosion des structures en acier par systèmes de peinture – Partie 3 : Conception et dispositions constructives. AFNOR. Décembre 2017.
[2] NF EN ISO 8501-3 : Préparation des subjectiles d’acier avant application de peintures et de produits assimilés – Évaluation visuelle de la propreté de surface – Partie 3 : degrés de préparation des soudures, arêtes et autres zones représentant des imperfections du subjectile. AFNOR. Août 2025.
[3] NF EN 1090-2 : Eurocode 3 – Exécution des structures en acier et des structures en aluminium. Partie 2 : Exigences techniques pour les structures en acier. AFNOR. Mai 2024.
[4] NF EN ISO 12944-1 : Peintures et vernis – Anticorrosion des structures en acier par systèmes de peinture – Partie 1 : Introduction générale. AFNOR. Décembre 2017.
[5] Marchés publics de travaux. Cahier des clauses techniques générales. Fascicule 56 : Protection des ouvrages métalliques contre la corrosion. Arrêté du 12 février 2004.
Olivier Mouatt, directeur de projets matériaux et corrosion, CTICM